01 mars 2008
EXTRAITS
Les textes présentés ci-après forment la première partie de mon livre Tokyo Rhapsodie, publié aux éditions la Musardine en août 2008. Pour plus d'informations, des billets sur le Japon et mon aventure littéraire, n'hésitez pas à visiter mon blog. Bonne lecture !
I. Incipit
II. Une fin de journée à Tokyo (1)
III. Une fin de journée à Tokyo (2)
IV. Le métier de Seiji
V. L'hôtel Papion
VI. Angela
VII. Un entraînement particulier
VIII. De la pipe au Japon
IX. Exercice
X. Un parc loin de la gare
XI. Feux d'artifices en été (1)
XII. Feux d'artifices en été (2)
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02 mars 2008
PERSONNAGES
Voici un des
premiers document de travail que j'ai réalisé pour Tokyo Rhapsodie, il récapitule les
personnages, leurs goûts en matière sexuelle et leurs liens mutuels. Les
parties barrées sont celles qui n’ont finalement pas été utilisées dans le
roman.
et de copines occasionnelles venant le voir
depuis l'Europe.
Il ressemble à un Tanuki avec son ventre rebondi et ses cheveux
bouclés, et il en a la hargne.
Il bande plus depuis longtemps et son truc est de voir les filles dégorger de
sperme après s'être fait défoncer par ses deux assistants. Il lui arrive alors
de leur lécher les parties et de boire la semence à même la chatte et le cul.
Il est près à peu près à tout pour bander à nouveau, même à risquer sa santé.
la petite sœur de Kasumi, elle est encore au lycée où elle est en passe de devenir la vedette du club
de volley. Du coup le prof de sport en charge du club a décidé de prendre en
main son entraînement, à coup de bondage et de pénétration rectale. Maiko
rêvait d'avoir un petit copain normal, au lieu de ça elle se retrouve amoureuse
d'un prof insatisfait et pour couronner le tout elle sera dépucelée d'étrange
façon.
de Maiko et de Kasumi. Il est veuf, officiellement sa
femme est morte d'une attaque cérébrale mais des rumeurs courent dans le
quartier. Son entreprise lui laisse peu de temps, c'est en tout cas ce qu'il
dit à ses filles les nuits où il part en virée avec sa maîtresse.
et de Maiko sourit dans son cadre noir sur l'autel des
ancêtres. Kasumi n'a jamais parlé de ce qu'elle a vu la nuit terrible où elle
est morte ; les cordes, le fouet, le linge mouillé que son père posait sur
le visage de sa mère, la suffocant alors qu'il la pénétrait.
. Elle a mis le grappin sur un vieux
Japonais spécialiste de bondage, et a monté avec lui un petit spectacle
mélangeant bondage et Ikebana. Ils se produisent dans des clubs très fermés. Le
vieux voudrait faire une grande fresque mais pour cela il va avoir besoin de
plus de filles. Malheureusement pour elle, elle s’est fait beaucoup
d’ennemis au cours de sa carrière de spécialiste du sexe et de patronne du
« Studio Desire ».
et attache
régulièrement sa compagne Mademoiselle Asuka. Il a un temps été l'amant de
Kiharu-San qui le traite toujours avec respect.
Angela est Pilipino, belle, racée, un corps fait
pour la course et la vitesse, si parfait qu'on le croirait dessiné dans une
soufflerie. Elle est bien décidée à ramener un bon pécule au pays pour y ouvrir
un commerce et se trouver un mari. En attendant elle met du fric de côté. Elle
fait ce que tu veux, elle dit en rigolant qu'elle a son quatrième dan en
pénétration anale et vaginale, mais ce qu'elle préfère c'est la fellation.
est une des protégées de Seiji. Elle se fait souvent rabrouer à cause de ses origines chinoises et de son
accent. Plutôt plate, elle a un très jolie visage mais ce qui intéressent ses
clients se sont ses « cieux de feu et de glace », une fellation avec
des glaçons.
CollectXX est un vieux pervers qui vole les petites
culottes au balcon. Sa collection est gigantesque, et s'agrandie chaque nuit.
C'est aussi un voyeur, doté d'un sexe minuscule.
OkamaXX, androgyne, adepte de travestissement et
figure mythique de la nuit à Tokyo.
Coréenne
issue de la troisième génération, elle est très vindicative : comment peut
elle encore être considérée comme Coréenne alors qu'elle est née, tout comme
ses parents, au Japon ?
12 mars 2008
RELECTURE ET CRITIQUES DE MUNA
Voici les commentaires de Muna après la lecture d'un premier jet de mon manuscrit. J'ai mis en italique mes réponses. Attention, ce texte est un spoiler !
>J’ai donc bien lu ton manuscrit et voici ci-dessous mes commentaires.
>Je te prie toutefois de garder à l’esprit que c’est la première fois que je lis un roman de ce type et que par conséquent, je ne suis certainement pas le meilleur juge.
>Ne te connaissant pas, je peux me permettre d’être tout à fait honnête et d’exprimer des remarques qui je l’espère, sont objectives, mais qui ne reflètent que mon opinion personnelle.
>Points positifs :
- J’ai beaucoup apprécié ton style d’écriture.
- Le roman est captivant, difficile à lâcher quand on l’a commencé.
- L’histoire est bien construite, très rythmée.
- Chaque personnage est assez bien développé.
>Points négatifs
>J'ai trouvé le contenu extrêmement trash, au point de ne pas pouvoir lire certains passages.
J'ai voulu parler
d'un Japon fantasmé, à la fois par les Français et par les Japonais. Le
résultat se rapproche des mangas pornos, avec du sexe et de la violence, un
truc à la Murakami Ryu... Le fait aussi que la société ici n'est pas judéo-chrétienne
donne le rapport au sexe un peu bizarre pour nous, avec à la fois une retenue
en public (du type "les bisous dans la rue, c'est mal"), et l'absence
du concept de péché.
>Bourré de
clichés du Japon (certes fondés, mais ça rend le livre assez basique…)
Tout à fait d'accord, mon but était de ne pas écrire trop de bêtises, mais
cela sans faire de leçons aux lecteurs. Je suis donc parti d'archétypes,
du genre "le gaijin chez N***", "la ko-gal", "le
yakuza", et j'ai tissé mon roman dessus. Ce n'est pas tant le Japon qui
est caricaturé, que ses habitants... A y repenser, l'honorable partie de
campagne fonctionne aussi comme ça. C'est déjà un vieux bouquin, mais
quelques expressions y sont toujours très vraies.
[…]
>Il n'y a aucune image de femme positive dans le livre !!!! Elles sont toutes creuses, naïves, soumises, torturées, calculatrices ou salopes ! Je ne suis pas japonaise, donc heureusement je ne me suis pas identifiée à ces personnes, mais ce que tu décris est tout simplement insultant pour les femmes.
A leur décharge,
tous les mecs sont salauds, stupides, obsédés, frustrés et/ou méchants... Ce
n'est pas tant les femmes que l'humanité entière qui en prend plein la poire !
Une fois encore, c'est le choix de travailler par archétypes qui m'a mené à ça.
Parler d'une femme active, qui rentre du boulot et fait l'amour en toute
sérénité avec son ami, c'est sain, c'est beau, c'est vrai, mais c'est vite
lassant dans un bouquin de ce type... Des persos trop lisses ne font pas
d'histoire. Je suis d'accord, il y a peu de persos sympathiques (Même si j'aime
beaucoup Kiharu, qui navigue dans tout ça sans jamais perdre sa splendeur).
>J'ai été stupéfaite du nombre de viols relatés dans le livre. Encore pire : je ne comprends pas comment tu peux insinuer qu'une femme (toutes les femmes) qui se fait violer finit par aimer ça ! Je comprends bien que ce n'est qu'un livre, mais si c'est vraiment pour les femmes, je t'assure que ce n'est pas ce genre de fantasme qui nous fait triper, loin de là. De la domination, peut être… Des relations « sauvages » ou « brutales » pourquoi pas. Mais viol, non.
Effectivement je
vais retravailler là dessus. Le viol est un sujet complexe au Japon, par
exemple les flics ne sont pas formés pour gérer des viols faits par des
personnes que la fille connaissait avant : légalement, l'arsenal judiciaire
existe, mais dans les faits, quand la fille vient porter plainte contre son
petit ami, ou simplement un copain, les flics ont tendance à insinuer qu'elle
l'a cherché (il y avait un article dans le Yomiuri il y a pas si longtemps).
Dans leur esprit, un viol, c'est seulement un pervers qui saute sur une fille
dans une rue sombre, attaque qui représente en fait un très faible nombre des
viols effectivement commis.
Pire, certains
groupes se sentent au dessus des lois (on se souvient de ce club de la très
prestigieuse Université de Waseda, le « Super Free Circle » qui
organisait des viols en réunions dans une boite de Roppongi), à partir de là
tout est possible...
Enfin une
bizarrerie culturelle fait que les Japonaises aiment, pour plaire à leurs
compagnons, à jouer les nunuches. Cela passe aussi par cette habitude de dire
"yada" quand le compagnon en question la touche pour la première
fois. Je ne saisis pas bien le plaisir qu'il y a de serrer dans ses bras une
fille qui dit "non, j'veux pas, arrête", mais l'effet psychologique
est le même: le mec force, ou croit forcer, la fille. Je ne dis pas que toutes
les relations commencent par un viol, je ne dis pas non plus que le « date
rape » n'existe pas ; mais l'idée du viol me semble très présente dans la
mentalité japonaise, et dans l'acte sexuel.
Pff,
sujet compliqué, mais pour en revenir à nos moutons, je vais diminuer la
fréquence des viols au fil des pages...
>Passage préféré :
>Première sodomie de Kasumi par Daniel. Elle est consentante. Elle est pathétique de se faire avoir comme ça, mais au moins, elle est consentante. Ça change…
Euh...
Je suis assez fier de ce passage en effet.
>Passages que je n'ai pas pu lire :
>Tous les
passages où apparait Akira. C'est tout simplement IGNOBLE !!!!!
>Le viol de Yu-chan. Lequel, me diras-tu ? Celui avec sa mère et le
nécrophile.
>Le viol de Yu-chan où elle se fait sodomiser par son père.
>Yu-chan qui regarde ses parents.
Chacun a ses
propres tabous, je suis heureux que tu aies fait l'effort de continuer même
après t'être retrouvée face à celui de l'inceste.
>Passages vraiment vraiment trop trash :
>Le viol de
Miu-chan par les policiers.
>La « punition » d'Asuka
>Emi et le nécrophile.
Est-ce que le
"trop trash" se rapporte à la situation, ou bien à la langue
utilisée? La scène avec les policiers est par exemple extrêmement vulgaire, ce
que j'ai essayé d'éviter dans le reste du roman. Pour les scènes avec Asuka,
j'ai un vrai problème : décrire une orgie est en fait extrêmement difficile. La
scène à mon sens se traîne un peu en longueur, mais je ne sais pas comment m'en
dépatouiller.
>Encore une fois, je sais que c'est une fiction où toutes les situations et réactions sont complément invraisemblables, mais quand même…:
Disons que c'est
le romanesque ! J'ai aussi quelques éléments de réponse...
>Le châtiment de Maiko à son équipe ?
Y'a une scène de
ce type dans Jeanne et Serge (là et là) ! Bon, ok, les filles sont habillées, mais
dans mes souvenirs le coach les bombarde de ballons lancés à pleine volée... Oui, je sais,
aujourd'hui, dans une école japonaise, cela est impossible, tout comme un prof
qui s'isole tous les jours avec une de ses élèves, mais cela reste un fantasme
très présent dans la littérature érotique, surtout manga.
>Son dépucelage
par Daniel ?
Une histoire du Japon traditionnel raconte qu'un jour deux frères décident
de se marier avec deux sœurs du voisinage. Comme les deux familles sont
d'accord, on les marie le même jour. Les épouses se retirent dans leur chambre
respective pendant que les hommes, en vrais mâles qui n'ont peur de rien,
restent en bas à picoler. Après une heure ou deux, ils finissent par monter,
poussent chacun une porte, et consomment leur mariage avec leur épouse.
Mais surprise! Le lendemain matin, ils s'aperçoivent tous deux qu'ils se sont
trompés de femme (et de chambre, mais ça c'est moins grave). Ils courent voir
le Magistrat le plus proche pour essayer de régler le problème. Sa décision :
c'est la faute de personne, mais comme l'acte a été consommé, les frères sont
condamnés à rester avec la fille avec laquelle ils ont passé la nuit ("la
pénitence est douce, et ron et ron...").
Moralité, ben y'en a pas. Daniel n'est pas bourré, la chambre est éclairée, et
ces deux-là n'ont pas d'excuse... La seule question, c'est savoir si la scène
est rigolote, et je la garde, ou bien si ça bascule dans le ridicule, et dans
ce cas je la retravaille.
>Après ce qui est
arrivé à Yu-chan avec sa mère, elle se dit, « tiens, je vais aller rendre son sac
à ma copine » et elle se fait encore droguer et abuser, dans la même
journée ?
Tu as raison, ça ne va pas, et va falloir que je fasse sauter une des deux
scènes, ou bien que je change la time line...
>Le père qui tue la mère de Maiko ?
Qui a dit qu'il
l'avait tuée ? C'est Maiko qui en est persuadée, et tout ça à cause d'un rêve
et d'un souvenir flou et à demi oublié...
>Yu-chan qui croit au Tengu ?
J'ai
un Kyoto Sensei (vice principal, un gars en principe sérieux donc) qui croit qu'il y a un Tatari (malédiction) sur l'école à cause
d'un chat... Il a même acheté un grigri au Naritasan pour protéger le lycée,
c'est dire!
>Remarques :
>Tu utilises toujours le terme « ventre » en parlant du sexe féminin… Je dois être un peu innocente mais j'ai mis un moment un comprendre. Je n'ai jamais entendu quelqu'un appeler ça le ventre…Pourtant il y a beaucoup d'alternatives !
Tu n'es pas la
première à me faire la remarque... J'avoue avoir fait le snob en utilisant le
même terme que dans "Histoire d'O", mais c'est désuet et ridicule.
Bon, reste le problème majeur : il n'y a pas de terme poétique pour désigner ce
point anatomique, juste des termes scientifiques (vagin, sexe...), des termes
vulgaire (con, chatte...) ou enfantin (foufoune, pilou-pilou...). Si tu as des
idées (ou des préférences), ça m'intéresse.
>Le personnage nécrophile est dans la liste des personnages à la fin, comme si tu avais voulu lui donner de l'importance. Mais il n'apparaît que deux fois, dans des situations invraisemblables, qui ne sont pas vraiment en accord.
Je vais revoir
ces deux scènes. Pour la liste, les persos sont dans l'ordre d'apparition,
c'est tout...
>Aussi, je n'ai toujours pas compris ce que c'était que ce fameux liquide violet auquel tu fais référence si souvent.
Euh, il
n'existe pas en vrai, c'est juste que j'aime bien les histoires avec des
philtres d'amour.
>Pour info, j'ai lu le manuscrit en deux fois. J'ai lu environ 120 pages la première fois, sans pouvoir m'arrêter. Cela veut donc dire que le livre est facile à lire et captivant. Toutefois, en y repensant, l'impression qui reste est l'impression d'une histoire assez malsaine, c'est pourquoi j'ai eu beaucoup de mal à m'y remettre pour le finir. Pareil pour la deuxième étape : une fois ouvert, je n'ai pas pu m'arrêter avant la fin. Mais vraiment, ça laisse un goût malsain… J'étais même mal à l'aise de voir le manuscrit dans mon appartement et il me tardait de le rendre à Ethel. Mal à l'aise non pas parce que c'est un livre « érotique », mais vraiment parce que c'est très très trash et que pour moi, ce genre de pensée n'est pas naturel et même malsain.
Merci
d'autant plus. Tes réactions, même de rejet, me semblent prometteuses : si ça
choque, c'est que j'ai réussi à cerner quelque chose. Si je comprends bien,
c'est à la fois malsain et fascinant ?
>Pour conclure, je voudrais te rappeler que ce sont vraiment mes impressions personnelles. Encore une fois, je pense que tu écris très bien mais ce livre ne me semble pas adapté à un public féminin…Mon but n'est surtout pas de te décourager avec ces commentaires. Je n'ai pas la science infuse, je ne suis pas critique littéraire et n'ayant jamais lu ce genre de livre, je n'ai pas de point de comparaison.
Non, ne
t'inquiète surtout pas. Je fais relire mes textes pour avoir des réactions
dures, des commentaires sévères, et pas pour masser mon petit ego endolori...
Tu as fait de l'excellent travail, c'était juste, honnête, et sensible, merci!
25 mars 2008
RELECTURE ET CRITIQUES DE MARI
Voici le commentaire de Mari, Japonaise, à la relecture d'une première version de Tokyo Rhapsodie. Il a été complété par un entretien après que Mari ait lu plus de texte, mais ce document en lui même me semble déjà intéressant.
En fait, je n'ai encore lu que très peu de votre texte
(justement seules 40 pages à peu près, désolée !), mais je crois en ce moment
avoir pu prendre votre conception du monde. Pour n'importe quel livre, le début
de la lecture est embarrassant. Mais maintenant c'est intéressant vraiment.
Je me sens même émue en trouvant partout des expressions
heureuses qui décrivent ce que moi je n'arrive toujours pas à le faire au sein
de la culture japonaise qui est difficile à expliquer pour les Français.
Vous me trouverez bizarre, mais c'est une bonne expérience
pour moi qui apprends le français.
Selon votre liste des personnages que vous aviez jointe, je
suis encore à Sato-San (dans la 2e des 4 pages). Bien entendu, lorsque tout au
début j'ai reçu votre document, je n'aimais essentiellement pas vous donner mes
modifications aux personnages, puisque ce sont eux établis par vous. Un pareil
acte peut automatiquement vouloir dire déformer la vérité de votre monde.
Par conséquent, j'ai décidé de me contenter de vous faire
remarquer une grosse faute au point de vue japonaise. Mais sous cette
condition, je n'ai plus rien à vous dire.
Pourtant juste une chose. Au moins jusqu'ici, j'ai trouvé un
peu étrange cette prudence : je me demandais si juste avant la chose, le
préservatif est prêt aussi souvent parmi des Japonais. ?
Au Japon, les adolescents n'ont jamais eu l'éducation
sexuelle surtout dans les écoles. Je pense donc que beaucoup d'entre eux, des
garçons, des filles tous deux, ont peu d'habitude de prendre un préservatif au
moment de faire l'amour.
Dans tous les cas c'est tout à fait dangereux, mais notamment
des filles japonaises se laissent faire cela sans mesures contraceptives,
puisqu'elles savent que leurs partenaires préfèrent cette situation. Sans tenir
compte du danger qui va leur arriver, elles-mêmes respectent leur préférence à
eux.
Par conséquent, je suis un peu étonnée de voir dans votre
roman que la plupart des gens acceptent volontiers l'utilisation d'un
préservatif (j'imagine que c'est peut-être les Français qui leur ont proposé de
le faire. Euh, plutôt dans la plupart des cas, ils ne se seraient pas vraiment
insérés dans le corps de femme ?).
Et voilà. Par contre, avez-vous quelques parties matérielles
qui ne vous sembleraient pas sures, que vous me demanderez de vérifier (ce
serait plus facile pour moi) ? Si vous en avez, n'hésitez pas à me le dire.
A bientôt.
13 juin 2008
I. INCIPIT
Extraits du roman Tokyo Rhapsodie aux éditions la Musardine, cliquez ici pour en savoir plus...
La ruelle était sombre malgré la lumière du petit matin qui éclairait déjà le haut des façades des immeubles alentour. Le Français s’était habitué à leur aspect kitch : il ne voyait plus la laideur des murs de la ville, ni ses néons criards. Un bruit, le crissement de gonds rouillés, l’avertit que son attente prenait fin. Il reconnut immédiatement la silhouette de la femme alors qu’elle faisait quelques pas maladroits sur l’asphalte. Ce que ses yeux ne pouvaient pas voir, son cœur et sa mémoire le lui présentaient. Cela le réconforta. Elle titubait, elle devait être ivre. Un sourire mauvais déforma les lèvres du garçon : elle s’était amusée toute la soirée, mais pour Cendrillon, la fête était terminée.
Il sentit sa haine prendre lentement le dessus et il la laissa irradier dans son ventre comme une boule chaude, à la fois désagréable et intime. Il s’approcha de la fille, les poings serrés. Elle regardait dans sa direction. Elle devait l’avoir reconnu car elle ouvrit la bouche pour crier quelque chose d’inarticulé. Dans son regard il n’y avait que du désespoir, et dans le miroir de ses yeux, il vit la chaîne entière des événements de la semaine, cette incroyable mécanique de hasards, d’actes et de conséquences qui, telle la main d’un Dieu de vengeance, l’avait conduit là. Il se souvint du mercredi, au café.
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19 juin 2008
II. UNE FIN DE JOURNÉE À TOKYO - Part. 1
Extraits du roman Tokyo Rhapsodie aux éditions la Musardine, cliquez ici pour en savoir plus...
Daniel enregistra le numéro de téléphone qu’Andy venait de lui donner et lui fit répéter une seconde fois : il avait parfois du mal à comprendre l’accent néo-zélandais de son collègue.
— Y a pas de souci, man, c’est une vraie chaude, tu verras.
— Et pourquoi tu me donnes son numéro alors ?
— C’est mon élève, tu comprends, si la dirlo m’attrape avec, je suis marron. Mais toi, c’est pas pareil, tu ne lui donnes pas de cours... Et puis, honnêtement, elle n’attend que ça ! Tout ce que je te demande, c’est de me rendre la politesse avec tes élèves en français.
Le café où ils attendaient était bruyant, ce qui obligeait Daniel à se pencher pour bien entendre son collègue. Il remit son téléphone dans sa poche en jetant un coup d’œil rapide vers les cuisses des deux lycéennes en uniforme au fond de la salle. Elles piaillaient devant leurs cafés fumant dans des tasses en carton. Il se sentait vaguement sale à regarder comme ça des filles qui devaient avoir dix ans de moins que lui. La plus petite avait aussi la jupe la plus longue, jusqu’à mi cuisse, mais la chaleur de la conversation lui faisait ouvrir et fermer les jambes au rythme de ses émotions minuscules. Elle promettait d’être une beauté : on devinait sous sa jupe des hanches bien développées et les pointes de ses seins déformaient son chemisier. Son visage doux semblait tendu vers ce que racontait son amie, une grande fille aux jambes musclées et interminables surmontées d’une jupe courte qui montrait bien plus qu’elle ne cachait.
Andy suivit son regard. Les deux adolescentes portaient l’uniforme standard : chaussures vernies à bouts ronds, chaussettes montantes, jupe plissée bleu marine, chemisier blanc, veste du même bleu que la jupe avec l’écusson de l’école. Les différences tenaient à d’infimes détails terriblement importants pour elles : le dessin d’un lapin sur les chaussettes, ou la provenance de la dizaine de grigris multicolores attachés à leurs téléphones portables. Daniel en était encore à ses réflexions concupiscentes quand une main posée sur son épaule le fit sursauter.
— Alors les mecs, on mate ?
Il leva les yeux. Heureux de son effet, le grand gaillard qui venait de le surprendre vint s’asseoir à côté de lui et salua Andy d’un geste de la main. Daniel proposa un café que l’autre refusa poliment.
— Il est dégueu le café ici. Ils ont la poudre, les machines, et pourtant ils n’arrivent à rien. Je préfère encore attendre d’être chez moi.
Sébastien faisait partie de ces étrangers qui ne se rappellent plus vraiment ce qu’ils sont venus chercher au Japon. Il semblait insensible aux charmes que Daniel trouvait au pays : le cul, le pognon, l’admiration béate des foules, le plaisir de se sentir regardé et, quel que soit son physique, d’être admiré pour le seul fait d’être gaijin, c’est à dire étranger. Daniel avait eu du mal à croire à sa chance, au début. Lui qui en France était jugé banal, devenait au pays du soleil-levant un véritable sex-symbol. Les filles se jetaient littéralement à ses pieds.
Tout, depuis ses cheveux châtains et ses yeux clairs jusqu’à sa physionomie occidentale, le rendait irrésistible aux yeux des Japonaises. Le sourire aux lèvres, il s’était relancé dans la contemplation des jambes de la plus petite, oscillant doucement la tête au rythme des mouvements de sa jupe. Soudain elle partit d’un éclat de rire gigantesque, et un instant il vit un éclair blanc entre ses cuisses : sa culotte. Il se retourna vers Sébastien, le rouge au front. Ce dernier le regardait en se riant.
— Lâche l’affaire, elle n’est sûrement pas dans tes prix. Depuis qu’elles veulent se payer des sacs Vuitton, les lycéennes sont devenues inabordables.
Sébastien s’y connaissait en matière de prix, il ne cachait d’ailleurs pas que les seules étreintes qu’il connaissait étaient tarifées. Andy avait fini son café et il suivit le Français à l’extérieur. Daniel les regarda s’éloigner. Tous trois travaillaient dans une école de langues à deux pas de la gare. Daniel sourit intérieurement : ce soir-là il était de congé et il n’aurait pas à aller faire cours dans ces bureaux minables qui menaçaient de s’effondrer à chaque fois que passait un train express.
27 juin 2008
III. UNE FIN DE JOURNÉE À TOKYO - Part. 2
Extraits du roman Tokyo Rhapsodie aux éditions la Musardine, cliquez ici pour en savoir plus...
Au fond du café, les deux lycéennes continuaient de piailler. La plus grande, Maiko, avait en effet une grande nouvelle :
— Et donc elles m’ont désignée comme capitaine de l’équipe.
Yu-Chan, plus petite mais aussi plus vive, avait le visage empourpré de joie :
— C’est formidable. Tu te rends compte ? En plus vous êtes presque en finale départementale...
— Quart de finale.
— On s’en fiche, c’est génial !
Maiko se taisait. Soudain elle regarda l’heure sur son portable et commença à ramasser ses affaires. La plus petite voulut la retenir :
— Quoi, tu pars déjà ?
— Ecoute, je suis vraiment désolée, mais j’ai encore un entraînement de volley. Tu sais le match est pour bientôt...
— Je sais, je sais, et puis le professeur est si sexy...
Maiko rougit jusqu’aux oreilles. Yu-Chan éclata de rire :
— Allez, je te charrie !
— Non, c’est pas ça.
Elle regarda à droite et à gauche pour voir si quelqu’un écoutait. Dans le café, personne ne semblait se préoccuper d’elles mais Maiko baissa tout de même la voix :
—Il m’a demandé de rester après l’entraînement pour une séance de perfectionnement.
— C’est formidable !
— J’ai peur, tu sais, je ne suis pas au niveau et il n’arrête pas de me dire que je ne sais pas utiliser la force de mon ventre.
Yu-Chan essaya de remonter le moral de son amie mais, comme tout le monde, elle avait entendu des histoires horribles sur le professeur. Il obtenait de bons résultats, l’équipe ne serait probablement pas éliminée avant la finale, mais on murmurait dans l’école que c’était au prix d’un régime quasi-militaire pour les joueuses, sans parler des rumeurs de violences physiques sur certaines filles. Maiko s’apprêtait à partir et, dans un grand geste, Yu-Chan l’étreignit, la serrant très fort avant de la relâcher. Maiko était toute raide.
Soudain conscientes des regards sur elles dans le café, elles sortirent en courant, dans un envol de jupes. Elles se séparèrent à la gare. Maiko reprit le chemin du lycée et Yu-Chan celui du restaurant où elle allait travailler trois fois par semaine. Il se trouvait dans le quartier chaud près de la gare et Yu-Chan devait remonter une ruelle éclairée par des flaques de néons aux couleurs criardes pour l’atteindre. Elle venait de passer le pachinko qui déversait un tonnerre de décibels dans la rue. Elle s’apprêtait à tourner à droite, dans l’impasse du restaurant quand, une voix l’appelant par son nom la fit sursauter.
—Yu-Chan ?
Elle se retourna, soudain craintive. Dans l’ombre, il y avait le visage grimaçant de Seiji.
— C’est toi ? Tu m’as fait peur ! Tu sais que...
Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase que son petit ami avait déjà collé son visage au sien et qu’il l’attirait à lui, dans l’ombre. Elle se débattit un peu pour se figer bientôt, raidie, en sentant sa langue se glisser dans sa bouche. La main droite de Seiji la plaquait fermement contre lui tandis que la gauche se glissait sous sa jupe, montant vers le dérisoire obstacle de nylon protégeant son intimité.
— Pas ici ! Mais qu’est que tu fais ? Je suis déjà en retard.
Elle n’arrivait à parler que par saccades, Seiji la tenait tout près de lui, caressant le haut de ses cuisses et la peau sous l’échancrure de sa culotte. Il finit par la lâcher en souriant et sortit une cigarette de sa poche. Un instant la flamme du briquet éclaira un visage tout en longueur, le menton couvert d’une barbe clairsemée. Il portait trois anneaux à l’oreille gauche : un zirconium, une minuscule tête de mort en métal et une petite croix en or.
— Je viens te chercher à dix heures, je te ramènerai après.
Yu-Chan gloussa. Seiji avait beau être son petit ami, ils se voyaient rarement. Il était très occupé, même si elle n’était pas vraiment sûre du travail qu’il exerçait. Elle le regarda s’éloigner, une silhouette dans un manteau blanc, tellement chic, tellement sexy. Soudain elle se souvint qu’elle était en retard et partit en courant vers la porte du restaurant.
04 juillet 2008
IV. LE MÉTIER DE SEIJI
Extraits du roman Tokyo Rhapsodie aux éditions la Musardine, cliquez ici pour en savoir plus...
De son côté, Seiji reprit sa tournée dans le quartier de la gare. Tous les mois, il passait dans les différents établissements "protégés" par son clan yakuza. Quand on lui demandait ce qu’il faisait dans la vie, ce qui était rare étant donné l’évidence de ses liens avec la mafia, il répondait qu’il travaillait dans le "divertissement". Les filles lui sourirent quand il entra dans le bar. Le lieu était géré par un Chinois qui payait tous les mois pour éviter que la famille ne mette le nez dans ses affaires. Il s’occupait seul de trouver les filles, d’ailleurs pas nécessairement des prostituées. Certaines étaient strictement des entraîneuses qui faisaient boire et consommer les clients sans jamais les ramener chez elles. D’autres faisaient des pipes de manière occasionnelle, avec les habitués qu’elles aimaient bien. Et puis il y avait une petite minorité de vraies prostituées, que quiconque pouvait sauter à condition d’y mettre le prix. C’était d’elles surtout qu’il fallait s’occuper. Seiji alla s’asseoir au bar, et fit signe à la barmaid :
— Il est là, Wang ?
Ce n’était pas son vrai nom, mais puisqu’il était Chinois, tout le monde partait du principe qu’il devait avoir un nom comme ça. La fille secoua la tête :
— Non, mais il a laissé ça pour toi.
Elle lui tendit une enveloppe. Seiji y jeta un coup d’œil. Il n’aimait pas trop passer par des employés pour récupérer le fric, cela aurait pu paraître un manque de respect de la part de Wang. Il se promit de lui en toucher un mot la prochaine fois qu’il le verrait. L’air maussade il se tourna pour faire face à la salle. Il tiqua en croisant le regard du vieux Hayashi. Ce dernier, tout pâle, faisait déjà mine de se lever. En un instant Seiji était à son niveau et faisait signe à la fille à ses côtés de déguerpir. Le vieux eut l’air de vouloir la suivre.
— Reste ici, grand-père, il faut qu’on parle.
Sa voix était grondante, il dominait le vieux de toute sa taille, sa crinière blonde ondulant autour de son visage devenu dur. Il le repoussa au fond du box et s’assit à côté de lui, se servant sans ambages dans le paquet de cigarettes qui traînait sur la table encombrée. Il dévisagea le vieux et fit claquer son briquet.
—Tu dois un paquet de fric à la famille, tu sais.
L’autre se contenta de baisser la tête par à-coups, les yeux rivés sur ses genoux.
— Et tu viens ici claquer ton jaune. Il vient d’où, ce pognon ?
Le vieux restait silencieux. Il avait contracté des dettes : les courses de chevaux. Il avait cru se refaire plusieurs fois, mais à chaque fois le satané bourrin finissait par le mettre sur la paille. Pour l’heure il était tricard chez le bookmaker, un triste bureau dans un immeuble voisin. Ce qu’il ignorait, c’est que ce bar à entraîneuses était sous la protection de la même famille de yakuza.
—Alors, grand-père, comment tu vas faire ? T’as combien sur toi ?
Hayashi savait que ça devait finir comme ça. Dans sa poche il y avait une poignée de billets de 10 000 yens, encore dans l’enveloppe qu’on lui avait donnée à la sortie du travail. C’était sa prime, il pensait oublier un peu, boire et puis, avec ce qui restait, il aurait négocié un échelonnement de sa dette. Avec lenteur il tendit l’argent au garçon qui compta les billets sans pudeur.
—Y a pas assez. Avec les intérêts ça doit faire au moins le double.
Le vieux corrigea la phrase intérieurement : "Avec la commission que ce voyou veut prendre, il faut encore le double." Seiji tira sur sa cigarette, inspirant la fumée avec plaisir.
—Tu sais ce qu’on va faire ? Tu vas t’envoyer en l’air ce soir, à mes frais. Et puis demain j’irai te voir à ton boulot, histoire qu’on parle. T’es toujours gardien dans le grand magasin, non ?
Le vieux baissa la tête. Seiji écrasa sa cigarette et fit signe à la fille qu’il avait fait partir quelques minutes plus tôt. Elle attendait, boudeuse. Il la prit par le poignet quand elle s’approcha enfin et glissa la main dans son décolleté. Hayashi vit le dégoût que Seiji inspirait à l’hôtesse mais elle se laissa faire. Le garçon la pelota un moment puis glissa un billet dans son sous-vêtement. Il s’éloigna ensuite sans un regard en arrière, il avait encore du monde à aller voir.
11 juillet 2008
V. L’HÔTEL PAPION
Extraits du roman Tokyo Rhapsodie aux éditions la Musardine, cliquez ici pour en savoir plus...
Daniel sentit son portable vibrer. Il n’avait pas bougé du café, s’amusant à observer les clients autour de lui. Un unique message clignotait sur l’écran : « Je suis à l’endroit habituel, je t’attends. Kasumi. » Suivait une myriade de petites icônes : des cœurs, des clins d’œil, des smileys, tous bien sagement en ligne comme à l’école. Daniel prit ses affaires et sortit. Dehors la nuit était fraîche. Il serra le col de sa veste et alla tout droit à la gare, se retournant parfois pour vérifier qu’il n’y ait pas un de ses élèves dans la rue. Il avait rencontré Kasumi un mois plus tôt, à l’école. Elle était venue pour entretenir son français et il avait tout de suite été attiré par sa silhouette altière et ses yeux brillants pleins de promesses.
Quand elle l’avait invité à prendre un café un midi, il avait hésité : le règlement interdisait formellement aux professeurs d’entretenir quelque relation que ce soit avec leurs élèves. Il s’était finalement laissé convaincre. Elle lui avait donné un second rendez-vous, au cinéma cette fois, et à leur troisième rencontre elle lui prenait la main pour le conduire à l’hôtel. Depuis, ils se voyaient régulièrement, en général dans des quartiers animés, et surtout loin de l’école. Elle y était toujours inscrite, même si Daniel ne l’y avait jamais vue depuis qu’ils sortaient ensemble.
Il prit un train plein à craquer de salarymen abrutis de fatigue, heureux que ce ne soit que pour trois stations, et se dépêcha à l’arrivée de sortir de la gare. Il reconnut Kasumi de loin, très droite dans son costume sombre : veste noire, chemisier blanc, jupe droite descendant sous le genou, collants clairs, chaussures à petits talons. Elle ne l’avait pas encore aperçu et il prit le temps de détailler son visage pensif. Elle avait des yeux très noirs, assez écartés. Son nez était petit. Sa bouche, petite elle aussi, avait une forme de coeur adorable. Il s’approcha d’elle en souriant :
— Ça fait longtemps que tu m’attends ?
— Non, pas trop longtemps.
Avec elle il ne parlait que français, et de toute manière il aurait été bien incapable de communiquer en japonais avec qui que ce soit. Au début de leur relation il la reprenait quand elle faisait des fautes mais c’était devenu trop astreignant, et puis elle n’aimait pas trop être coupée en pleine conversation pour de sombres histoires de syntaxe.
Ils se dirigèrent vers le quartier au sud de la gare où s’entassaient les hôtels pour couples. Daniel profita de l’obscurité de la ruelle pour lui prendre furtivement la main. Elle le laissa faire en souriant. Ils passèrent plusieurs hôtels aux enseignes prometteuses comme Amore ou Vénus et finirent par s’arrêter devant un grand bâtiment. Les néons annonçaient fièrement son nom : Papion. Ils entrèrent. Daniel avait à chaque fois l’impression de pénétrer dans une église, ou bien dans la salle d’attente d’un cabinet de dentiste, enfin dans un endroit où se déroulent des choses mystérieuses et où l’on ne parle qu’à voix basse.
A gauche dans l’entrée, un large panneau détaillait toutes les chambres libres, avec une photo et le prix demandé. Kasumi appuya prestement sur le bouton situé sous la photo d’une des chambres et entraîna Daniel au fond du hall. La vieille réceptionniste attendait, le visage caché derrière un store ; seules ses mains, ridées et couvertes de taches brunes, étaient visibles. Elle croassa le numéro de la chambre et le prix, juste à titre de vérification, et encaissa l’argent que Kasumi lui tendit sans rien dire. Elle lui donna la clé et les deux jeunes gens prirent l’ascenseur.
Chaque porte était décorée d’un papillon de couleur différente. Il avait fallu du temps à Daniel pour réaliser que le nom de l’hôtel, Papion, était en fait une déformation du mot français « papillon ». La chambre était très grande, et surtout totalement insonorisée, un véritable luxe dans un pays comme le Japon. Dans cette pièce, les couples, légitimes ou non, pouvaient crier sans craindre les réactions des voisins, des enfants, voire d’éventuels parents vivant sous le même toit. C’étaient des hôtels dédiés à l’amour physique, et les Japonais ne s’étaient pas trompés en les appelant love hotel.
Kasumi ôta ses chaussures d’un geste rapide et trottina sur la moquette vers la salle de bain. Daniel était encore en train de lutter avec un lacet rétif quand il entendit l’eau couler : elle remplissait le jacuzzi pour « après ». Il alla droit vers le lit, gigantesque, avec sur une tablette un cendrier et quelques préservatifs pour les couples distraits.
Kasumi le rejoignit. Elle avait un regard étrange, comme un trouble voilant le noir de ses yeux. Daniel enlaça la jeune fille. Elle lui arrivait un peu au-dessus des épaules. Déjà, il sentait son désir pointer douloureusement, entravé par son pantalon. Dans la lumière tamisée de la chambre il ne distinguait qu’imparfaitement le visage tourné vers lui, mais il sentait le corps palpiter entre ses bras. Kasumi noua ses mains dans son dos et entrouvrit légèrement sa bouche. Il ne résista pas à l’appel et souda ses lèvres aux siennes. C’était chaud et doux. La première fois qu’ils avaient fait l’amour elle n’avait pas vraiment répondu à ses baisers, d’ailleurs étaient-ce seulement des baisers ? Elle avait gardé les lèvres fermées, et il avait dû forcer le passage pour faire entrer sa langue dans sa bouche. Que de progrès depuis ! Ce soir elle répondait à ses sollicitations, les devançait même. Elle pointait sa langue contre la sienne, buvait sa salive, et éveillait en lui un désir de conquérant.
Soudain affamé de chair, il eut envie de la voir nue, tremblante dans ses bras. Sa bouche toujours collée à la sienne, il commença à faire glisser les vêtements de son amie qui le repoussa doucement. S’écartant de lui, elle retira sa veste qu’elle posa soigneusement sur le dossier d’une chaise avant de défaire un à un les boutons de son chemisier. Daniel la regarda faire un instant avant de se déshabiller lui aussi. Elle avait fini de plier sa jupe et elle retirait son collant, la poitrine encore cachée par son soutien-gorge. Il s’approcha d’elle mais elle s’échappa vers le lit en gloussant et alla se réfugier sous les draps. Il eut tôt fait de la rejoindre.
18 juillet 2008
VI. ANGELA
Extraits du roman Tokyo Rhapsodie aux éditions la Musardine, cliquez ici pour en savoir plus...
Seiji avait fini sa tournée avec le bas du tableau. Le racolage étant interdit au Japon, seules les étrangères acceptaient de le faire, et encore à leurs risques et périls. Deux, trois filles faisaient discrètement le trottoir ce soir-là et Seiji s’approcha de l’une d’elles, une Chinoise au visage encore enfantin et qui se faisait appeler Mei-Ling. Elle travaillait en général à domicile, ce que les publicités dans les boîtes aux lettres appelaient "delivery health", mais quand la soirée était calme, son souteneur l’envoyait tapiner. Elle semblait tout droit sortie d’un roman de Mian-Mian avec son visage très blanc et son maquillage épais. Elle portait une robe chinoise fendue si haut qu’on ne pouvait pas manquer la dentelle rouge de sa culotte. Elle adressa à Seiji un sourire désarmant, dévoilant ses dents, petites et régulières. Il bougonna :
— T’as pas vu Angela ?
— Non. C’est privé ou professionnel ? Parce que si c’est privé...
Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase :
— Lâche l’affaire.
Habituée aux rebuffades du fait de sa nationalité,Mei-Ling haussa gracieusement les épaules et arrondit ses lèvres charnues en une moue délicate. Seiji était sur le point de tourner les talons quand Angela apparut à la porte de l’immeuble derrière lui. Il lui fit un petit signe et elle répondit par un sourire qui sembla s’étendre à tout son corps.
Elle marcha vers lui en balançant les hanches. Ses jambes étaient nues, elle ne portait qu’un short en jean extra-mini et un T-shirt à col rond, de couleur claire, et si court qu’il laissait voir son nombril. La blancheur du vêtement contrastait avec le brun de sa peau. Son visage était typique des beautés philippines, les yeux grands et expressifs surmontés de longs cils arqués, un nez aplati au-dessus d’une bouche large et pulpeuse. Elle s’adossa au mur à côté de lui et il sentit son parfum, musqué, avec derrière une note animale : l’odeur d’une femme qui sort du lit de son amant.
—Tu veux monter ? Pour toi je fais un prix.
C’était une blague entre eux. Il la suivit sans un mot et poussa la porte qu’elle avait empruntée deux minutes plus tôt. L’accès donnait sur un long couloir éclairé par une lampe à néon blafarde. Elle poussa une porte de fer et se retrouva dans un autre immeuble. C’était là que les filles de Seiji emmenaient leurs clients, le plus souvent des gens trop pressés pour faire ça au love hotel. Angela se retourna pour lui faire un clin d’oeil et l’invita à monter dans un sabir mêlant mots japonais et accent philippin.
La chambre était triste et nue. La lumière basse, teintée de mauve, donnait au lieu une ambiance de grotte. De petits haut-parleurs diffusaient une musique américaine où dominaient les basses. Le rythme des percussions sembla immédiatement se transmettre à la fille, et elle retira son short en se balançant lascivement de gauche à droite. Seiji ignora royalement le lit posé à même le sol et s’assit sur l’étroit tabouret qui traînait dans un coin. Angela lui tournait le dos et farfouillait dans un meuble bas. Il la regardait, admirant ses fesses couleur de pain grillé séparées par la ficelle du string. Elle finit par se retourner, un préservatif encore dans son emballage au coin des lèvres. Elle souriait, Seiji éclata de rire :
— Pas ce soir, chérie, suce-moi, ça suffira.
Avec une moue un peu moqueuse, elle posa la capote sur le meuble et tomba à genoux. Elle s’approcha de lui à quatre pattes en le regardant droit dans les yeux. Une mèche brune tombait sur le côté de son visage, elle se pourléchait les lèvres en grognant doucement. Seiji sentit son désir monter tandis qu’il fouillait ses poches. Il en sortit son téléphone portable et pressa le bouton "photo". Toujours à quatre pattes, elle arriva à ses genoux et repoussa le portable.
— J’aime pas la photo, toi toujours faire photo et pas penser à moi.
Il referma le cellulaire à regret. Elle s’était mise à genoux sur la moquette rase et était en train d’ouvrir sa braguette et d’extraire son sexe du caleçon. Le membre était déjà un peu gonflé dans sa main mais elle gronda :
—Tu vois. Tu fais la photo et tu bandes pas.
Elle rejeta sa tête en arrière et retira son T-shirt. Sa poitrine se balançait en dessous, à peine tenue par un soutien-gorge si échancré que l’on voyait ses tétons. Elle le retira d’un geste et prit ses seins dans ses deux mains en penchant la tête sur le côté.
—Tu veux baiser mes nichons ?
Il se contenta de se caresser sans rien dire. Elle écarta cette main importune d’une tape et prit la verge maintenant raide entre ses doigts. La voracité d’Angela en faisait l’une des meilleures gagneuses de ce coin de la ville. Elle aimait la baise et son agressivité sexuelle, en rupture complète avec la soumission habituellement un peu nunuche des Japonaises, plaisait beaucoup.
Elle était en train de travailler de sa langue et de ses lèvres, titillant la verge sur toute la longueur avant de la prendre dans sa bouche et de la couvrir de salive. Satisfaite par la rigidité du membre, elle le coinça entre ses deux seins et Seiji grogna de plaisir en sentant la douceur du sillon qui emprisonnait son membre humide. Angela baissa la tête, bouche ouverte, et cracha sur ses seins. Elle les serra une fois qu’ils furent luisants de salive et commença à bouger tout son corps de haut en bas en murmurant en espagnol, grondante comme une lionne. De temps en temps elle donnait des coups de langue sur le gland qui apparaissait et disparaissait entre les deux globes de chair.
Seiji s’était mis à haleter. Relâchant ses seins, Angela libéra la verge et la prit dans sa bouche presque entièrement, aspirant fortement tout en bougeant la tête d’avant en arrière. Ses doigts fouillaient la braguette de Seiji pour en extraire les testicules et les malaxer délicieusement. Elle sentit le garçon prêt à jouir et sortit brusquement le sexe de sa bouche dans un "pop" sonore. Reculant la tête, elle mit son buste en avant tout en le branlant vigoureusement. Ses efforts furent vite récompensés et le membre cracha un sperme épais sur les seins offerts, le blanc de la semence contrastant avec le brun de sa peau nue.
Pantelante, elle attira à elle une boîte de mouchoirs en papier et la tendit à Seiji. Il s’essuya pendant qu’elle faisait de même avec sa poitrine. Elle le regarda se rhabiller. Il s’apprêtait à partir quand elle lui tira sur la manche :
— Merci, mon beau. Avec toi toujours c’est bon.
Il lui fit un clin d’oeil et sortit. Il souriait, la journée avait été bonne. Dans la poche de sa veste il y avait la recette collectée pendant la nuit, il ne lui restait plus qu’à déposer le tout dans le coffre de son bureau et il pourrait aller chercher Yu-Chan.
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