04 juillet 2008
IV. LE MÉTIER DE SEIJI
Extraits du roman Tokyo Rhapsodie aux éditions la Musardine, cliquez ici pour en savoir plus...
De son côté, Seiji reprit sa tournée dans le quartier de la gare. Tous les mois, il passait dans les différents établissements "protégés" par son clan yakuza. Quand on lui demandait ce qu’il faisait dans la vie, ce qui était rare étant donné l’évidence de ses liens avec la mafia, il répondait qu’il travaillait dans le "divertissement". Les filles lui sourirent quand il entra dans le bar. Le lieu était géré par un Chinois qui payait tous les mois pour éviter que la famille ne mette le nez dans ses affaires. Il s’occupait seul de trouver les filles, d’ailleurs pas nécessairement des prostituées. Certaines étaient strictement des entraîneuses qui faisaient boire et consommer les clients sans jamais les ramener chez elles. D’autres faisaient des pipes de manière occasionnelle, avec les habitués qu’elles aimaient bien. Et puis il y avait une petite minorité de vraies prostituées, que quiconque pouvait sauter à condition d’y mettre le prix. C’était d’elles surtout qu’il fallait s’occuper. Seiji alla s’asseoir au bar, et fit signe à la barmaid :
— Il est là, Wang ?
Ce n’était pas son vrai nom, mais puisqu’il était Chinois, tout le monde partait du principe qu’il devait avoir un nom comme ça. La fille secoua la tête :
— Non, mais il a laissé ça pour toi.
Elle lui tendit une enveloppe. Seiji y jeta un coup d’œil. Il n’aimait pas trop passer par des employés pour récupérer le fric, cela aurait pu paraître un manque de respect de la part de Wang. Il se promit de lui en toucher un mot la prochaine fois qu’il le verrait. L’air maussade il se tourna pour faire face à la salle. Il tiqua en croisant le regard du vieux Hayashi. Ce dernier, tout pâle, faisait déjà mine de se lever. En un instant Seiji était à son niveau et faisait signe à la fille à ses côtés de déguerpir. Le vieux eut l’air de vouloir la suivre.
— Reste ici, grand-père, il faut qu’on parle.
Sa voix était grondante, il dominait le vieux de toute sa taille, sa crinière blonde ondulant autour de son visage devenu dur. Il le repoussa au fond du box et s’assit à côté de lui, se servant sans ambages dans le paquet de cigarettes qui traînait sur la table encombrée. Il dévisagea le vieux et fit claquer son briquet.
—Tu dois un paquet de fric à la famille, tu sais.
L’autre se contenta de baisser la tête par à-coups, les yeux rivés sur ses genoux.
— Et tu viens ici claquer ton jaune. Il vient d’où, ce pognon ?
Le vieux restait silencieux. Il avait contracté des dettes : les courses de chevaux. Il avait cru se refaire plusieurs fois, mais à chaque fois le satané bourrin finissait par le mettre sur la paille. Pour l’heure il était tricard chez le bookmaker, un triste bureau dans un immeuble voisin. Ce qu’il ignorait, c’est que ce bar à entraîneuses était sous la protection de la même famille de yakuza.
—Alors, grand-père, comment tu vas faire ? T’as combien sur toi ?
Hayashi savait que ça devait finir comme ça. Dans sa poche il y avait une poignée de billets de 10 000 yens, encore dans l’enveloppe qu’on lui avait donnée à la sortie du travail. C’était sa prime, il pensait oublier un peu, boire et puis, avec ce qui restait, il aurait négocié un échelonnement de sa dette. Avec lenteur il tendit l’argent au garçon qui compta les billets sans pudeur.
—Y a pas assez. Avec les intérêts ça doit faire au moins le double.
Le vieux corrigea la phrase intérieurement : "Avec la commission que ce voyou veut prendre, il faut encore le double." Seiji tira sur sa cigarette, inspirant la fumée avec plaisir.
—Tu sais ce qu’on va faire ? Tu vas t’envoyer en l’air ce soir, à mes frais. Et puis demain j’irai te voir à ton boulot, histoire qu’on parle. T’es toujours gardien dans le grand magasin, non ?
Le vieux baissa la tête. Seiji écrasa sa cigarette et fit signe à la fille qu’il avait fait partir quelques minutes plus tôt. Elle attendait, boudeuse. Il la prit par le poignet quand elle s’approcha enfin et glissa la main dans son décolleté. Hayashi vit le dégoût que Seiji inspirait à l’hôtesse mais elle se laissa faire. Le garçon la pelota un moment puis glissa un billet dans son sous-vêtement. Il s’éloigna ensuite sans un regard en arrière, il avait encore du monde à aller voir.
11 juillet 2008
V. L’HÔTEL PAPION
Extraits du roman Tokyo Rhapsodie aux éditions la Musardine, cliquez ici pour en savoir plus...
Daniel sentit son portable vibrer. Il n’avait pas bougé du café, s’amusant à observer les clients autour de lui. Un unique message clignotait sur l’écran : « Je suis à l’endroit habituel, je t’attends. Kasumi. » Suivait une myriade de petites icônes : des cœurs, des clins d’œil, des smileys, tous bien sagement en ligne comme à l’école. Daniel prit ses affaires et sortit. Dehors la nuit était fraîche. Il serra le col de sa veste et alla tout droit à la gare, se retournant parfois pour vérifier qu’il n’y ait pas un de ses élèves dans la rue. Il avait rencontré Kasumi un mois plus tôt, à l’école. Elle était venue pour entretenir son français et il avait tout de suite été attiré par sa silhouette altière et ses yeux brillants pleins de promesses.
Quand elle l’avait invité à prendre un café un midi, il avait hésité : le règlement interdisait formellement aux professeurs d’entretenir quelque relation que ce soit avec leurs élèves. Il s’était finalement laissé convaincre. Elle lui avait donné un second rendez-vous, au cinéma cette fois, et à leur troisième rencontre elle lui prenait la main pour le conduire à l’hôtel. Depuis, ils se voyaient régulièrement, en général dans des quartiers animés, et surtout loin de l’école. Elle y était toujours inscrite, même si Daniel ne l’y avait jamais vue depuis qu’ils sortaient ensemble.
Il prit un train plein à craquer de salarymen abrutis de fatigue, heureux que ce ne soit que pour trois stations, et se dépêcha à l’arrivée de sortir de la gare. Il reconnut Kasumi de loin, très droite dans son costume sombre : veste noire, chemisier blanc, jupe droite descendant sous le genou, collants clairs, chaussures à petits talons. Elle ne l’avait pas encore aperçu et il prit le temps de détailler son visage pensif. Elle avait des yeux très noirs, assez écartés. Son nez était petit. Sa bouche, petite elle aussi, avait une forme de coeur adorable. Il s’approcha d’elle en souriant :
— Ça fait longtemps que tu m’attends ?
— Non, pas trop longtemps.
Avec elle il ne parlait que français, et de toute manière il aurait été bien incapable de communiquer en japonais avec qui que ce soit. Au début de leur relation il la reprenait quand elle faisait des fautes mais c’était devenu trop astreignant, et puis elle n’aimait pas trop être coupée en pleine conversation pour de sombres histoires de syntaxe.
Ils se dirigèrent vers le quartier au sud de la gare où s’entassaient les hôtels pour couples. Daniel profita de l’obscurité de la ruelle pour lui prendre furtivement la main. Elle le laissa faire en souriant. Ils passèrent plusieurs hôtels aux enseignes prometteuses comme Amore ou Vénus et finirent par s’arrêter devant un grand bâtiment. Les néons annonçaient fièrement son nom : Papion. Ils entrèrent. Daniel avait à chaque fois l’impression de pénétrer dans une église, ou bien dans la salle d’attente d’un cabinet de dentiste, enfin dans un endroit où se déroulent des choses mystérieuses et où l’on ne parle qu’à voix basse.
A gauche dans l’entrée, un large panneau détaillait toutes les chambres libres, avec une photo et le prix demandé. Kasumi appuya prestement sur le bouton situé sous la photo d’une des chambres et entraîna Daniel au fond du hall. La vieille réceptionniste attendait, le visage caché derrière un store ; seules ses mains, ridées et couvertes de taches brunes, étaient visibles. Elle croassa le numéro de la chambre et le prix, juste à titre de vérification, et encaissa l’argent que Kasumi lui tendit sans rien dire. Elle lui donna la clé et les deux jeunes gens prirent l’ascenseur.
Chaque porte était décorée d’un papillon de couleur différente. Il avait fallu du temps à Daniel pour réaliser que le nom de l’hôtel, Papion, était en fait une déformation du mot français « papillon ». La chambre était très grande, et surtout totalement insonorisée, un véritable luxe dans un pays comme le Japon. Dans cette pièce, les couples, légitimes ou non, pouvaient crier sans craindre les réactions des voisins, des enfants, voire d’éventuels parents vivant sous le même toit. C’étaient des hôtels dédiés à l’amour physique, et les Japonais ne s’étaient pas trompés en les appelant love hotel.
Kasumi ôta ses chaussures d’un geste rapide et trottina sur la moquette vers la salle de bain. Daniel était encore en train de lutter avec un lacet rétif quand il entendit l’eau couler : elle remplissait le jacuzzi pour « après ». Il alla droit vers le lit, gigantesque, avec sur une tablette un cendrier et quelques préservatifs pour les couples distraits.
Kasumi le rejoignit. Elle avait un regard étrange, comme un trouble voilant le noir de ses yeux. Daniel enlaça la jeune fille. Elle lui arrivait un peu au-dessus des épaules. Déjà, il sentait son désir pointer douloureusement, entravé par son pantalon. Dans la lumière tamisée de la chambre il ne distinguait qu’imparfaitement le visage tourné vers lui, mais il sentait le corps palpiter entre ses bras. Kasumi noua ses mains dans son dos et entrouvrit légèrement sa bouche. Il ne résista pas à l’appel et souda ses lèvres aux siennes. C’était chaud et doux. La première fois qu’ils avaient fait l’amour elle n’avait pas vraiment répondu à ses baisers, d’ailleurs étaient-ce seulement des baisers ? Elle avait gardé les lèvres fermées, et il avait dû forcer le passage pour faire entrer sa langue dans sa bouche. Que de progrès depuis ! Ce soir elle répondait à ses sollicitations, les devançait même. Elle pointait sa langue contre la sienne, buvait sa salive, et éveillait en lui un désir de conquérant.
Soudain affamé de chair, il eut envie de la voir nue, tremblante dans ses bras. Sa bouche toujours collée à la sienne, il commença à faire glisser les vêtements de son amie qui le repoussa doucement. S’écartant de lui, elle retira sa veste qu’elle posa soigneusement sur le dossier d’une chaise avant de défaire un à un les boutons de son chemisier. Daniel la regarda faire un instant avant de se déshabiller lui aussi. Elle avait fini de plier sa jupe et elle retirait son collant, la poitrine encore cachée par son soutien-gorge. Il s’approcha d’elle mais elle s’échappa vers le lit en gloussant et alla se réfugier sous les draps. Il eut tôt fait de la rejoindre.
18 juillet 2008
VI. ANGELA
Extraits du roman Tokyo Rhapsodie aux éditions la Musardine, cliquez ici pour en savoir plus...
Seiji avait fini sa tournée avec le bas du tableau. Le racolage étant interdit au Japon, seules les étrangères acceptaient de le faire, et encore à leurs risques et périls. Deux, trois filles faisaient discrètement le trottoir ce soir-là et Seiji s’approcha de l’une d’elles, une Chinoise au visage encore enfantin et qui se faisait appeler Mei-Ling. Elle travaillait en général à domicile, ce que les publicités dans les boîtes aux lettres appelaient "delivery health", mais quand la soirée était calme, son souteneur l’envoyait tapiner. Elle semblait tout droit sortie d’un roman de Mian-Mian avec son visage très blanc et son maquillage épais. Elle portait une robe chinoise fendue si haut qu’on ne pouvait pas manquer la dentelle rouge de sa culotte. Elle adressa à Seiji un sourire désarmant, dévoilant ses dents, petites et régulières. Il bougonna :
— T’as pas vu Angela ?
— Non. C’est privé ou professionnel ? Parce que si c’est privé...
Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase :
— Lâche l’affaire.
Habituée aux rebuffades du fait de sa nationalité,Mei-Ling haussa gracieusement les épaules et arrondit ses lèvres charnues en une moue délicate. Seiji était sur le point de tourner les talons quand Angela apparut à la porte de l’immeuble derrière lui. Il lui fit un petit signe et elle répondit par un sourire qui sembla s’étendre à tout son corps.
Elle marcha vers lui en balançant les hanches. Ses jambes étaient nues, elle ne portait qu’un short en jean extra-mini et un T-shirt à col rond, de couleur claire, et si court qu’il laissait voir son nombril. La blancheur du vêtement contrastait avec le brun de sa peau. Son visage était typique des beautés philippines, les yeux grands et expressifs surmontés de longs cils arqués, un nez aplati au-dessus d’une bouche large et pulpeuse. Elle s’adossa au mur à côté de lui et il sentit son parfum, musqué, avec derrière une note animale : l’odeur d’une femme qui sort du lit de son amant.
—Tu veux monter ? Pour toi je fais un prix.
C’était une blague entre eux. Il la suivit sans un mot et poussa la porte qu’elle avait empruntée deux minutes plus tôt. L’accès donnait sur un long couloir éclairé par une lampe à néon blafarde. Elle poussa une porte de fer et se retrouva dans un autre immeuble. C’était là que les filles de Seiji emmenaient leurs clients, le plus souvent des gens trop pressés pour faire ça au love hotel. Angela se retourna pour lui faire un clin d’oeil et l’invita à monter dans un sabir mêlant mots japonais et accent philippin.
La chambre était triste et nue. La lumière basse, teintée de mauve, donnait au lieu une ambiance de grotte. De petits haut-parleurs diffusaient une musique américaine où dominaient les basses. Le rythme des percussions sembla immédiatement se transmettre à la fille, et elle retira son short en se balançant lascivement de gauche à droite. Seiji ignora royalement le lit posé à même le sol et s’assit sur l’étroit tabouret qui traînait dans un coin. Angela lui tournait le dos et farfouillait dans un meuble bas. Il la regardait, admirant ses fesses couleur de pain grillé séparées par la ficelle du string. Elle finit par se retourner, un préservatif encore dans son emballage au coin des lèvres. Elle souriait, Seiji éclata de rire :
— Pas ce soir, chérie, suce-moi, ça suffira.
Avec une moue un peu moqueuse, elle posa la capote sur le meuble et tomba à genoux. Elle s’approcha de lui à quatre pattes en le regardant droit dans les yeux. Une mèche brune tombait sur le côté de son visage, elle se pourléchait les lèvres en grognant doucement. Seiji sentit son désir monter tandis qu’il fouillait ses poches. Il en sortit son téléphone portable et pressa le bouton "photo". Toujours à quatre pattes, elle arriva à ses genoux et repoussa le portable.
— J’aime pas la photo, toi toujours faire photo et pas penser à moi.
Il referma le cellulaire à regret. Elle s’était mise à genoux sur la moquette rase et était en train d’ouvrir sa braguette et d’extraire son sexe du caleçon. Le membre était déjà un peu gonflé dans sa main mais elle gronda :
—Tu vois. Tu fais la photo et tu bandes pas.
Elle rejeta sa tête en arrière et retira son T-shirt. Sa poitrine se balançait en dessous, à peine tenue par un soutien-gorge si échancré que l’on voyait ses tétons. Elle le retira d’un geste et prit ses seins dans ses deux mains en penchant la tête sur le côté.
—Tu veux baiser mes nichons ?
Il se contenta de se caresser sans rien dire. Elle écarta cette main importune d’une tape et prit la verge maintenant raide entre ses doigts. La voracité d’Angela en faisait l’une des meilleures gagneuses de ce coin de la ville. Elle aimait la baise et son agressivité sexuelle, en rupture complète avec la soumission habituellement un peu nunuche des Japonaises, plaisait beaucoup.
Elle était en train de travailler de sa langue et de ses lèvres, titillant la verge sur toute la longueur avant de la prendre dans sa bouche et de la couvrir de salive. Satisfaite par la rigidité du membre, elle le coinça entre ses deux seins et Seiji grogna de plaisir en sentant la douceur du sillon qui emprisonnait son membre humide. Angela baissa la tête, bouche ouverte, et cracha sur ses seins. Elle les serra une fois qu’ils furent luisants de salive et commença à bouger tout son corps de haut en bas en murmurant en espagnol, grondante comme une lionne. De temps en temps elle donnait des coups de langue sur le gland qui apparaissait et disparaissait entre les deux globes de chair.
Seiji s’était mis à haleter. Relâchant ses seins, Angela libéra la verge et la prit dans sa bouche presque entièrement, aspirant fortement tout en bougeant la tête d’avant en arrière. Ses doigts fouillaient la braguette de Seiji pour en extraire les testicules et les malaxer délicieusement. Elle sentit le garçon prêt à jouir et sortit brusquement le sexe de sa bouche dans un "pop" sonore. Reculant la tête, elle mit son buste en avant tout en le branlant vigoureusement. Ses efforts furent vite récompensés et le membre cracha un sperme épais sur les seins offerts, le blanc de la semence contrastant avec le brun de sa peau nue.
Pantelante, elle attira à elle une boîte de mouchoirs en papier et la tendit à Seiji. Il s’essuya pendant qu’elle faisait de même avec sa poitrine. Elle le regarda se rhabiller. Il s’apprêtait à partir quand elle lui tira sur la manche :
— Merci, mon beau. Avec toi toujours c’est bon.
Il lui fit un clin d’oeil et sortit. Il souriait, la journée avait été bonne. Dans la poche de sa veste il y avait la recette collectée pendant la nuit, il ne lui restait plus qu’à déposer le tout dans le coffre de son bureau et il pourrait aller chercher Yu-Chan.
25 juillet 2008
VII. UN ENTRAÎNEMENT PARTICULIER
Extraits du roman Tokyo Rhapsodie aux éditions la Musardine, cliquez ici pour en savoir plus...
Maiko entra dans la remise du gymnase. L’entraînement après les cours avait été particulièrement dur et toutes les filles s’étaient dépêchées de rentrer chez elles. Seule Maiko était restée à l’école. Il faisait déjà nuit noire dehors, et la seule lumière de la salle filtrait à travers un carreau très haut sur sa droite. Elle pouvait deviner plus que réellement voir les empilements de chaises dans le fond, les paniers pour les ballons, les tapis pour la gym. Au centre, dans un espace dégagé comme par un fait exprès, elle vit les barres de traction et ce qui semblait être une longue poutre posée sur des tréteaux. Elle sursauta en entendant la voix du professeur, derrière elle. Elle se retourna, parvint à bafouiller une de ces phrases japonaises qui n’ont pas vraiment de sens mais qui sont tout de même très polies. Le professeur s’approcha d’elle, elle pouvait sentir son odeur, même au milieu de cette pièce poussiéreuse.
Grand et bien bâti, il portait le même survêtement que d’habitude, sa casquette vissée sur la tête. A la main il avait un lourd sabre composé de lamelles de bambou, semblable à ceux qu’on utilise au kendo. Elle avait, comme toutes les autres filles de sa classe, entendu parler des punitions infligées par le professeur à l’aide de ce genre de sabre. Il lui fit signe de se retourner et de s’approcher du centre de la pièce. Rougissante, elle ressentit une étrange chaleur dans son ventre à l’idée de se savoir seule avec lui. Elle sentait son regard, derrière, se poser sur ses bras nus, suivre la courbe de son dos moulé par son T-shirt, s’attarder sur ses reins et sur ses fesses serrées dans ce shorty qui était toute sa tenue de sport.
— Nous allons commencer par des exercices sur la poutre.
Maiko, effrayée par le ton de la voix, suivit les instructions une à une. La poutre faisait bien trois mètres de long pour un tout petit peu plus d’un mètre de haut. La barre de bois posée sur les tréteaux était étroite, douce, comme polie par des années d’usage. Montant dessus à califourchon, Maiko parvint à y trouver un équilibre précaire. Elle entendit le professeur s’approcher d’elle et lui souffler la marche à suivre :
— Tu ne sais pas utiliser ton ventre, c’est pour ça que tu échoues. Cet exercice, je l’ai créé pour toi, alors écoute bien ! Tu dois avancer sur toute la longueur, sans t’aider de tes mains, simplement en utilisant la force de ton ventre.
Maiko tourna un visage implorant vers son professeur, mais la seule réponse de celui-ci fut de faire tournoyer son sabre de bambou. Au bord des larmes, l’adolescente se tourna vers l’extrémité, si lointaine.
Elle essaya d’avancer, mais c’était affreusement difficile sans point d’appui autre que son entrecuisse. Elle tenta de se projeter en avant, manqua perdre l’équilibre et se rattrapa in extremis avec ses mains. Un hurlement rauque jaillit derrière elle. Pétrifiée, elle le laissa faire quand il saisit ses bras et les attacha vigoureusement dans son dos. Quand elle reprit ses esprits, il était trop tard. Elle supplia en vain, les yeux mouillés de larmes, se tordant pour faire face à son bourreau. Un premier coup s’abattit sur ses fesses à peines protégées par le shorty de nylon. Il n’était pas très fort mais il la fit sursauter. Avec un effort surhumain, elle parvint à franchir quelques centimètres.
Pantelante, elle entendait le professeur tourner autour d’elle mais elle n’osait pas le regarder. Il criait, lui ordonnant d’avancer, elle attendait tête baissée. Tout d’un coup elle le sentit tout près d’elle. Elle leva des yeux pleins d’espoir, mais ne trouva qu’un regard dur face à elle. Il tendit les mains. Malgré les cris de Maiko, les doigts fouillèrent ses vêtements, libérèrent le T-shirt et le soulevèrent jusqu’au niveau de sa poitrine puis, dans un même geste écartèrent les bonnets de son soutien-gorge, dévoilant ses seins. Le professeur se recula, admirant le lustre des deux globes de chair. Bien qu’encore assez petits, les seins de la jeune fille pointaient avec orgueil leurs tétons foncés. Ils s’arrondissaient joliment par en dessous en évoquant le galbe d’un fruit.
— S’il vous plaît, je vous en supplie...
La voix de Maiko était devenue un miaulement, doux et bas. La réponse fut cinglante :
— Avance, maintenant !
Il y avait dans la voix du professeur une chaleur que Maiko ne lui connaissait pas, comme un feulement de fauve. Honteuse, elle reprit sa reptation. Dans cette salle poussiéreuse on n’entendait que les craquements du bois tandis qu’elle lançait son bassin en avant, encore et toujours. Elle serrait les dents pour ne pas gémir, pour ne pas pleurer.
Elle gardait la tête haute, regardant droit devant en tentant d’oublier ses seins qui allaient et venaient, là juste sous son menton. Mais son corps la trahissait. Le frottement de l’étoffe sur la poutre, dans son entrecuisse, ne pouvait être ignoré. Et lentement, elle sentit une excitation sourdre entre ses cuisses. Son ventre se réveillait au rythme des coups de reins qu’elle donnait pour se déplacer.
Le professeur s’était mis tout au bout du tréteau, le visage sévère, les yeux fixés sur le point de friction, là où le bas-ventre de sa victime glissait sur la planche usée. Elle baissa les yeux. Au-delà de ses deux seins, tout en bas, elle pouvait voir le shorty bleu en train de bâiller, dévoilant une culotte blanche trempée par l’effort, mouillée par la caresse du bois à travers le tissu.
— Regarde devant toi ! Courage ! Il ne reste qu’un mètre.
— S’il vous plaît. Ne regardez pas ! J’ai trop honte !
Il la regardait pourtant, en se passant la langue sur sa lèvre inférieure comme s’il suçait un bonbon. Elle baissa les yeux, mais le sabre de bambou fouetta l’air à quelques centimètres de sa peau. Elle se reprit tout de suite, regardant droit devant elle alors que le professeur approchait. Qu’importe, même sans le voir elle sentait le tissu de la culotte suivre le même chemin que le shorty. A chaque centimètre qu’elle parcourait, la culotte bâillait un peu plus, jusqu’à ce qu’elle sente la peau douce de son sexe en contact avec la planche. Elle gémit et baissa à nouveau les yeux. Elle regarda hébétée la moitié de son sexe fendu par la culotte, avec à droite la couronne de poils, poisseux de sucs et de sueur. Le professeur cria, elle bougea la tête en signe de dénégation, même si elle ne savait plus très bien à quoi elle disait non.
Le sabre tomba comme une grêle sur sa croupe, la faisant bondir à chaque fois un peu plus en avant. Le professeur était comme transfiguré, distribuant les coups avec rigueur et rapidité, sans s’émouvoir des cris ni des pleurs. Elle parcourut le dernier mètre sous cette pluie de coups, criant de douleur, laissant sur la planche une traînée de sueur mêlée à ses sécrétions. Sa culotte cisaillait en deux sa fente, excitant durement son clitoris tandis que ses lèvres étaient sollicitées à chaque mouvement. Le professeur frappait toujours, marquant cette croupe avec son sabre de bois, sans même prendre le temps de respirer.
Enfin elle arriva au bord du tréteau. Brusquement elle éclata en un long sanglot, humiliée, vaincue. Alors la réaction du professeur la surprit : il la prit dans ses bras. Elle se laissa aller, confiante. Toutes les souffrances infligées se transformèrent en une intense chaleur dans son sexe. Naturellement, sans qu’elle ait besoin d’y penser, elle leva son visage où les larmes coulaient encore et ils s’embrassèrent. Maiko avait souvent rêvé de cet instant où un garçon prendrait ses lèvres, mais jamais elle n’aurait cru que cela puisse être aussi doux et en même temps aussi cruel.
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