Extraits de Tokyo Rhapsodie

Les meilleures pages du roman Tokyo Rhapsodie, commentées par l'auteur. A voir également, http://antoinemisseau.canalblog.com/ pour plus de détails sur la création littéraire. Attention, tout le matériel publié ici est couvert par le droit d'auteur.

13 juin 2008

I. INCIPIT

Extraits du roman Tokyo Rhapsodie aux éditions la Musardine, cliquez ici pour en savoir plus...

La ruelle était sombre malgré la lumière du petit matin qui éclairait déjà le haut des façades des immeubles alentour. Le Français s’était habitué à leur aspect kitch : il ne voyait plus la laideur des murs de la ville, ni ses néons criards. Un bruit, le crissement de gonds rouillés, l’avertit que son attente prenait fin. Il reconnut immédiatement la silhouette de la femme alors qu’elle faisait quelques pas maladroits sur l’asphalte. Ce que ses yeux ne pouvaient pas voir, son cœur et sa mémoire le lui présentaient. Cela le réconforta. Elle titubait, elle devait être ivre. Un sourire mauvais déforma les lèvres du garçon : elle s’était amusée toute la soirée, mais pour Cendrillon, la fête était terminée.

Roppongi


Il sentit sa haine prendre lentement le dessus et il la laissa irradier dans son ventre comme une boule chaude, à la fois désagréable et intime. Il s’approcha de la fille, les poings serrés. Elle regardait dans sa direction. Elle devait l’avoir reconnu car elle ouvrit la bouche pour crier quelque chose d’inarticulé. Dans son regard il n’y avait que du désespoir, et dans le miroir de ses yeux, il vit la chaîne entière des événements de la semaine, cette incroyable mécanique de hasards, d’actes et de conséquences qui, telle la main d’un Dieu de vengeance, l’avait conduit là. Il se souvint du mercredi, au café.

tokyorhap_icone

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19 juin 2008

II. UNE FIN DE JOURNÉE À TOKYO - Part. 1

Extraits du roman Tokyo Rhapsodie aux éditions la Musardine, cliquez ici pour en savoir plus...

Daniel enregistra le numéro de téléphone qu’Andy venait de lui donner et lui fit répéter une seconde fois : il avait parfois du mal à comprendre l’accent néo-zélandais de son collègue.

— Y a pas de souci, man, c’est une vraie chaude, tu verras.
— Et pourquoi tu me donnes son numéro alors ?
— C’est mon élève, tu comprends, si la dirlo m’attrape avec, je suis marron. Mais toi, c’est pas pareil, tu ne lui donnes pas de cours... Et puis, honnêtement, elle n’attend que ça ! Tout ce que je te demande, c’est de me rendre la politesse avec tes élèves en français.

Le café où ils attendaient était bruyant, ce qui obligeait Daniel à se pencher pour bien entendre son collègue. Il remit son téléphone dans sa poche en jetant un coup d’œil rapide vers les cuisses des deux lycéennes en uniforme au fond de la salle. Elles piaillaient devant leurs cafés fumant dans des tasses en carton. Il se sentait vaguement sale à regarder comme ça des filles qui devaient avoir dix ans de moins que lui. La plus petite avait aussi la jupe la plus longue, jusqu’à mi cuisse, mais la chaleur de la conversation lui faisait ouvrir et fermer les jambes au rythme de ses émotions minuscules. Elle promettait d’être une beauté : on devinait sous sa jupe des hanches bien développées et les pointes de ses seins déformaient son chemisier. Son visage doux semblait tendu vers ce que racontait son amie, une grande fille aux jambes musclées et interminables surmontées d’une jupe courte qui montrait bien plus qu’elle ne cachait.

Andy suivit son regard. Les deux adolescentes portaient l’uniforme standard : chaussures vernies à bouts ronds, chaussettes montantes, jupe plissée bleu marine, chemisier blanc, veste du même bleu que la jupe avec l’écusson de l’école. Les différences tenaient à d’infimes détails terriblement importants pour elles : le dessin d’un lapin sur les chaussettes, ou la provenance de la dizaine de grigris multicolores attachés à leurs téléphones portables. Daniel en était encore à ses réflexions concupiscentes quand une main posée sur son épaule le fit sursauter.

— Alors les mecs, on mate ?

Il leva les yeux. Heureux de son effet, le grand gaillard qui venait de le surprendre vint s’asseoir à côté de lui et salua Andy d’un geste de la main. Daniel proposa un café que l’autre refusa poliment.

— Il est dégueu le café ici. Ils ont la poudre, les machines, et pourtant ils n’arrivent à rien. Je préfère encore attendre d’être chez moi.

Sébastien faisait partie de ces étrangers qui ne se rappellent plus vraiment ce qu’ils sont venus chercher au Japon. Il semblait insensible aux charmes que Daniel trouvait au pays : le cul, le pognon, l’admiration béate des foules, le plaisir de se sentir regardé et, quel que soit son physique, d’être admiré pour le seul fait d’être gaijin, c’est à dire étranger. Daniel avait eu du mal à croire à sa chance, au début. Lui qui en France était jugé banal, devenait au pays du soleil-levant un véritable sex-symbol. Les filles se jetaient littéralement à ses pieds.

Tout, depuis ses cheveux châtains et ses yeux clairs jusqu’à sa physionomie occidentale, le rendait irrésistible aux yeux des Japonaises. Le sourire aux lèvres, il s’était relancé dans la contemplation des jambes de la plus petite, oscillant doucement la tête au rythme des mouvements de sa jupe. Soudain elle partit d’un éclat de rire gigantesque, et un instant il vit un éclair blanc entre ses cuisses : sa culotte. Il se retourna vers Sébastien, le rouge au front. Ce dernier le regardait en se riant.

— Lâche l’affaire, elle n’est sûrement pas dans tes prix. Depuis qu’elles veulent se payer des sacs Vuitton, les lycéennes sont devenues inabordables.

Sébastien s’y connaissait en matière de prix, il ne cachait d’ailleurs pas que les seules étreintes qu’il connaissait étaient tarifées. Andy avait fini son café et il suivit le Français à l’extérieur. Daniel les regarda s’éloigner. Tous trois travaillaient dans une école de langues à deux pas de la gare. Daniel sourit intérieurement : ce soir-là il était de congé et il n’aurait pas à aller faire cours dans ces bureaux minables qui menaçaient de s’effondrer à chaque fois que passait un train express.

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27 juin 2008

III. UNE FIN DE JOURNÉE À TOKYO - Part. 2

Extraits du roman Tokyo Rhapsodie aux éditions la Musardine, cliquez ici pour en savoir plus...

Au fond du café, les deux lycéennes continuaient de piailler. La plus grande, Maiko, avait en effet une grande nouvelle :

— Et donc elles m’ont désignée comme capitaine de l’équipe.

Yu-Chan, plus petite mais aussi plus vive, avait le visage empourpré de joie :

— C’est formidable. Tu te rends compte ? En plus vous êtes presque en finale départementale...
— Quart de finale.
— On s’en fiche, c’est génial !

Maiko se taisait. Soudain elle regarda l’heure sur son portable et commença à ramasser ses affaires. La plus petite voulut la retenir :

— Quoi, tu pars déjà ?
— Ecoute, je suis vraiment désolée, mais j’ai encore un entraînement de volley. Tu sais le match est pour bientôt...
— Je sais, je sais, et puis le professeur est si sexy...

Maiko rougit jusqu’aux oreilles. Yu-Chan éclata de rire :

— Allez, je te charrie !
— Non, c’est pas ça.

Elle regarda à droite et à gauche pour voir si quelqu’un écoutait. Dans le café, personne ne semblait se préoccuper d’elles mais Maiko baissa tout de même la voix :

—Il m’a demandé de rester après l’entraînement pour une séance de perfectionnement.
— C’est formidable !
— J’ai peur, tu sais, je ne suis pas au niveau et il n’arrête pas de me dire que je ne sais pas utiliser la force de mon ventre.

Yu-Chan essaya de remonter le moral de son amie mais, comme tout le monde, elle avait entendu des histoires horribles sur le professeur. Il obtenait de bons résultats, l’équipe ne serait probablement pas éliminée avant la finale, mais on murmurait dans l’école que c’était au prix d’un régime quasi-militaire pour les joueuses, sans parler des rumeurs de violences physiques sur certaines filles. Maiko s’apprêtait à partir et, dans un grand geste, Yu-Chan l’étreignit, la serrant très fort avant de la relâcher. Maiko était toute raide.

Soudain conscientes des regards sur elles dans le café, elles sortirent en courant, dans un envol de jupes. Elles se séparèrent à la gare. Maiko reprit le chemin du lycée et Yu-Chan celui du restaurant où elle allait travailler trois fois par semaine. Il se trouvait dans le quartier chaud près de la gare et Yu-Chan devait remonter une ruelle éclairée par des flaques de néons aux couleurs criardes pour l’atteindre. Elle venait de passer le pachinko qui déversait un tonnerre de décibels dans la rue. Elle s’apprêtait à tourner à droite, dans l’impasse du restaurant quand, une voix l’appelant par son nom la fit sursauter.

—Yu-Chan ?

SeijiElle se retourna, soudain craintive. Dans l’ombre, il y avait le visage grimaçant de Seiji.

— C’est toi ? Tu m’as fait peur ! Tu sais que...

Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase que son petit ami avait déjà collé son visage au sien et qu’il l’attirait à lui, dans l’ombre. Elle se débattit un peu pour se figer bientôt, raidie, en sentant sa langue se glisser dans sa bouche. La main droite de Seiji la plaquait fermement contre lui tandis que la gauche se glissait sous sa jupe, montant vers le dérisoire obstacle de nylon protégeant son intimité.

— Pas ici ! Mais qu’est que tu fais ? Je suis déjà en retard.

Elle n’arrivait à parler que par saccades, Seiji la tenait tout près de lui, caressant le haut de ses cuisses et la peau sous l’échancrure de sa culotte. Il finit par la lâcher en souriant et sortit une cigarette de sa poche. Un instant la flamme du briquet éclaira un visage tout en longueur, le menton couvert d’une barbe clairsemée. Il portait trois anneaux à l’oreille gauche : un zirconium, une minuscule tête de mort en métal et une petite croix en or.

— Je viens te chercher à dix heures, je te ramènerai après.

Yu-Chan gloussa. Seiji avait beau être son petit ami, ils se voyaient rarement. Il était très occupé, même si elle n’était pas vraiment sûre du travail qu’il exerçait. Elle le regarda s’éloigner, une silhouette dans un manteau blanc, tellement chic, tellement sexy. Soudain elle se souvint qu’elle était en retard et partit en courant vers la porte du restaurant.

tokyorhap_icone

 

 

 

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