Extraits de Tokyo Rhapsodie

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19 juin 2008

II. UNE FIN DE JOURNÉE À TOKYO - Part. 1

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Daniel enregistra le numéro de téléphone qu’Andy venait de lui donner et lui fit répéter une seconde fois : il avait parfois du mal à comprendre l’accent néo-zélandais de son collègue.

— Y a pas de souci, man, c’est une vraie chaude, tu verras.
— Et pourquoi tu me donnes son numéro alors ?
— C’est mon élève, tu comprends, si la dirlo m’attrape avec, je suis marron. Mais toi, c’est pas pareil, tu ne lui donnes pas de cours... Et puis, honnêtement, elle n’attend que ça ! Tout ce que je te demande, c’est de me rendre la politesse avec tes élèves en français.

Le café où ils attendaient était bruyant, ce qui obligeait Daniel à se pencher pour bien entendre son collègue. Il remit son téléphone dans sa poche en jetant un coup d’œil rapide vers les cuisses des deux lycéennes en uniforme au fond de la salle. Elles piaillaient devant leurs cafés fumant dans des tasses en carton. Il se sentait vaguement sale à regarder comme ça des filles qui devaient avoir dix ans de moins que lui. La plus petite avait aussi la jupe la plus longue, jusqu’à mi cuisse, mais la chaleur de la conversation lui faisait ouvrir et fermer les jambes au rythme de ses émotions minuscules. Elle promettait d’être une beauté : on devinait sous sa jupe des hanches bien développées et les pointes de ses seins déformaient son chemisier. Son visage doux semblait tendu vers ce que racontait son amie, une grande fille aux jambes musclées et interminables surmontées d’une jupe courte qui montrait bien plus qu’elle ne cachait.

Andy suivit son regard. Les deux adolescentes portaient l’uniforme standard : chaussures vernies à bouts ronds, chaussettes montantes, jupe plissée bleu marine, chemisier blanc, veste du même bleu que la jupe avec l’écusson de l’école. Les différences tenaient à d’infimes détails terriblement importants pour elles : le dessin d’un lapin sur les chaussettes, ou la provenance de la dizaine de grigris multicolores attachés à leurs téléphones portables. Daniel en était encore à ses réflexions concupiscentes quand une main posée sur son épaule le fit sursauter.

— Alors les mecs, on mate ?

Il leva les yeux. Heureux de son effet, le grand gaillard qui venait de le surprendre vint s’asseoir à côté de lui et salua Andy d’un geste de la main. Daniel proposa un café que l’autre refusa poliment.

— Il est dégueu le café ici. Ils ont la poudre, les machines, et pourtant ils n’arrivent à rien. Je préfère encore attendre d’être chez moi.

Sébastien faisait partie de ces étrangers qui ne se rappellent plus vraiment ce qu’ils sont venus chercher au Japon. Il semblait insensible aux charmes que Daniel trouvait au pays : le cul, le pognon, l’admiration béate des foules, le plaisir de se sentir regardé et, quel que soit son physique, d’être admiré pour le seul fait d’être gaijin, c’est à dire étranger. Daniel avait eu du mal à croire à sa chance, au début. Lui qui en France était jugé banal, devenait au pays du soleil-levant un véritable sex-symbol. Les filles se jetaient littéralement à ses pieds.

Tout, depuis ses cheveux châtains et ses yeux clairs jusqu’à sa physionomie occidentale, le rendait irrésistible aux yeux des Japonaises. Le sourire aux lèvres, il s’était relancé dans la contemplation des jambes de la plus petite, oscillant doucement la tête au rythme des mouvements de sa jupe. Soudain elle partit d’un éclat de rire gigantesque, et un instant il vit un éclair blanc entre ses cuisses : sa culotte. Il se retourna vers Sébastien, le rouge au front. Ce dernier le regardait en se riant.

— Lâche l’affaire, elle n’est sûrement pas dans tes prix. Depuis qu’elles veulent se payer des sacs Vuitton, les lycéennes sont devenues inabordables.

Sébastien s’y connaissait en matière de prix, il ne cachait d’ailleurs pas que les seules étreintes qu’il connaissait étaient tarifées. Andy avait fini son café et il suivit le Français à l’extérieur. Daniel les regarda s’éloigner. Tous trois travaillaient dans une école de langues à deux pas de la gare. Daniel sourit intérieurement : ce soir-là il était de congé et il n’aurait pas à aller faire cours dans ces bureaux minables qui menaçaient de s’effondrer à chaque fois que passait un train express.

tokyorhap_icone

 

 

 

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